Le pardon. C’est peut-ĂȘtre le mot le plus mal compris de tout le vocabulaire du dĂ©veloppement personnel. Et aussi l’un des plus utilisĂ©s, parfois avec une lĂ©gĂšretĂ© qui me rĂ©volte.
J’ai Ă©tĂ© blessĂ©e profondĂ©ment dans ma vie. Par des trahisons que je n’avais pas vues venir, par des violences douces qui ont mis des annĂ©es Ă ĂȘtre nommĂ©es, par des abandons qui ont laissĂ© des cicatrices que j’explore encore aujourd’hui dans mon propre travail intĂ©rieur. Je sais de quoi je parle quand je parle de pardon â pas depuis un livre, mais depuis ce territoire intime et souvent trĂšs sombre.
Et ce que je sais avec certitude, aprĂšs quinze ans d’accompagnement et autant de chemin personnel, c’est ceci : le vrai pardon n’a rien Ă voir avec ce qu’on nous enseigne.
Qu’est-ce que le pardon n’est pas â et pourquoi cette clartĂ© est fondamentale ?
Le pardon n’est pas :
- Une normalisation de ce qui s’est passĂ©
- Un oubli
- Une réconciliation obligatoire
- Un acte moral pour « ĂȘtre une bonne personne »
- Quelque chose qui se fait « une fois pour toutes »
- Quelque chose qui se fait sur commande ou en un instant
J’ai vu trop de personnes se blesser davantage en essayant de « pardonner » trop tĂŽt, sous pression sociale ou religieuse, sans que le travail de fond ait Ă©tĂ© fait. Un pardon prĂ©maturĂ© est une suppression Ă©motionnelle dĂ©guisĂ©e. Il ne guĂ©rit pas â il enterre vivant ce qui demande Ă ĂȘtre traversĂ©.
Le pardon vĂ©ritable est un processus. Il prend du temps. Il demande du courage. Et il commence par quelque chose de radicalement diffĂ©rent de ce que l’on croit.
Que dit la science sur le pardon et ses effets sur la santé ?
Les donnĂ©es scientifiques sur le pardon sont remarquablement convergentes â et elles devraient nous alerter sur le coĂ»t du non-pardon :
Sur la santĂ© cardiovasculaire : Une Ă©tude de l’UniversitĂ© du Michigan (2015) a dĂ©montrĂ© que les personnes pratiquant le pardon intentionnel prĂ©sentent une tension artĂ©rielle significativement plus basse et une frĂ©quence cardiaque au repos plus stable que les personnes portant des rancĆurs persistantes.
Sur la santĂ© mentale : Une mĂ©ta-analyse publiĂ©e dans Psychological Bulletin (2019) portant sur 54 Ă©tudes a conclu que les interventions basĂ©es sur le pardon rĂ©duisent de maniĂšre significative les symptĂŽmes d’anxiĂ©tĂ©, de dĂ©pression et de stress post-traumatique.
Sur les marqueurs biologiques : Des recherches en psycho-neuro-immunologie ont montrĂ© que la rancĆur chronique est associĂ©e Ă des niveaux Ă©levĂ©s de cortisol, Ă une inflammation systĂ©mique accrue et Ă une diminution de l’activitĂ© du systĂšme immunitaire. En d’autres termes : tenir rancune coĂ»te biologiquement cher.
Quels sont les 5 stades du vrai pardon ?
Voici le modĂšle que j’ai dĂ©veloppĂ© et affinĂ© dans ma pratique d’accompagnement sur coach-therapeute.fr, en synthĂšse des travaux de psychologues comme Robert Enright, Everett Worthington, et de ma propre expĂ©rience clinique.
Stade 1 : La reconnaissance honnĂȘte de la blessure
Avant tout pardon, il y a la reconnaissance de la rĂ©alitĂ© de ce qui s’est passĂ©. Ni minimisation (« c’est pas si grave »), ni dramatisation excessive â mais une vision claire et honnĂȘte de ce qui vous a Ă©tĂ© fait, de l’impact rĂ©el que cela a eu sur vous, et de la lĂ©gitimitĂ© de votre douleur.
Beaucoup de personnes sautent cette Ă©tape parce qu’elle est douloureuse. « Ăa sert Ă quoi de remuer ça ? » Mais une blessure non nommĂ©e reste une blessure ouverte. La nommer, c’est commencer Ă la soigner.
Exercice : Ăcrivez la description prĂ©cise de ce qui s’est passĂ© â les faits, pas les interprĂ©tations. Puis dĂ©crivez l’impact rĂ©el dans votre vie : comment cela a changĂ© votre confiance en vous, vos relations, votre rapport au monde.
Stade 2 : La traversĂ©e des Ă©motions â sans jugement
La colĂšre, la tristesse, la honte, la rage, le deuil â toutes ces Ă©motions sont lĂ©gitimes. Le processus de pardon ne commence pas par l’amour et la comprĂ©hension. Il commence par l’honnĂȘtetĂ© Ă©motionnelle la plus complĂšte possible.
Ce stade peut ĂȘtre long. Il peut revenir par vagues. Il mĂ©rite d’ĂȘtre accompagnĂ© â par un thĂ©rapeute, dans un cadre sĂ©curisĂ©.
Ce qui aide : Le mouvement corporel (course, danse, boxe â libĂ©rer la charge physique), l’Ă©criture libre sans censure, les espaces de parole sĂ©curisĂ©s, les pratiques de rĂ©gulation du systĂšme nerveux (respiration, EFT, yoga).
Stade 3 : La compréhension sans excuser
Chercher Ă comprendre ce qui a pu amener l’autre Ă vous blesser n’est pas une excuse pour son comportement. C’est un Ă©largissement de perspective qui dĂ©place doucement le rĂ©cit de « monstre incomprĂ©hensible » vers « ĂȘtre humain abĂźmĂ© qui a agi depuis ses propres blessures ».
Cette comprĂ©hension n’est pas une obligation. Elle ne s’impose pas de l’extĂ©rieur. Et elle ne change en rien la responsabilitĂ© de l’autre pour ses actes. Mais pour certaines personnes, elle est un passage nĂ©cessaire vers la libĂ©ration.
| Ce que comprendre signifie | Ce que comprendre ne signifie pas |
|---|---|
| Voir l’humanitĂ© blessĂ©e de l’autre | Excuser le comportement |
| Ălargir le rĂ©cit | Nier votre propre douleur |
| CrĂ©er de la distance avec la rancĆur | Reprendre contact ou normaliser la relation |
| Vous libérer de la prison de la haine | Oublier ou minimiser |
Stade 4 : Le choix actif de libérer
Le pardon vĂ©ritable est un acte de volontĂ© â non pas une Ă©motion que l’on attend d’avoir. Vous pouvez choisir de pardonner sans « ressentir » encore le pardon. La dĂ©cision prĂ©cĂšde et crĂ©e progressivement l’Ă©tat.
C’est peut-ĂȘtre le moment le plus contre-intuitif de tout le processus. On attend de se sentir prĂȘt(e) â et on n’est jamais prĂȘt(e). Parce que la « prĂ©paration » au pardon, c’est le pardon lui-mĂȘme.
Cette étape inclut un rituel de libération que je vous détaillerai plus bas.
Stade 5 : L’intĂ©gration â transformer la blessure en sagesse
C’est l’Ă©tape finale, et la plus prĂ©cieuse. Elle ne consiste pas Ă trouver que la blessure Ă©tait « utile » ou « nĂ©cessaire » â ce qui serait une nouvelle forme de minimisation. Elle consiste Ă trouver, dans ce que vous avez traversĂ©, des qualitĂ©s que vous n’auriez pas dĂ©veloppĂ©es autrement : une profondeur de compassion, une connaissance intime de la douleur humaine, une soliditĂ© intĂ©rieure conquise.
Comme Claude Barbey l’Ă©crit avec une clartĂ© qui m’a touchĂ©e profondĂ©ment : « Le pardon n’est pas l’effacement de la blessure. C’est la transformation de la blessure en fondation â de quelque chose qui vous a cassĂ© en quelque chose qui vous tient debout. »
Cette image de la fondation est celle que je reviens chercher dans les moments difficiles de mon propre chemin. Et c’est celle que je transmets Ă celles et ceux que j’accompagne.

Quels sont les rituels de libération pour soutenir le processus de pardon ?
Ces rituels ne remplacent pas le travail thĂ©rapeutique en profondeur â ils le complĂštent. Je les propose dans mes accompagnements sur of-coaching.fr en complĂ©ment des sĂ©ances.
Rituel de la lettre non envoyée :
Ăcrivez une lettre Ă la personne Ă qui vous souhaitez pardonner. Dites tout ce que vous n’avez pas pu dire. Terminez par : « Je ne t’absolve pas de ta responsabilitĂ©. Mais je me libĂšre du poids de la rancĆur pour moi-mĂȘme. » Ne l’envoyez pas. BrĂ»lez-la ou enterrez-la.
Rituel du dialogue intérieur :
Dans un espace sĂ©curisĂ© et idĂ©alement accompagnĂ©, placez deux chaises face Ă face. Asseyez-vous sur l’une. Imaginez la personne sur l’autre. Dites ce que vous avez Ă dire. Puis changez de chaise et parlez depuis leur perspective. Ce rituel psychodramatique (issu du psychodrame de Moreno) est d’une puissance extraordinaire.
Rituel de l’eau :
Remplissez un bol d’eau froide. Plongez-y vos mains. Visualisez le lien qui vous attache Ă la blessure et Ă la personne qui vous a blessĂ©(e). Imaginez l’eau le dissoudre progressivement. Quand vous vous sentez prĂȘt(e), videz le bol. Lavez-vous les mains Ă l’eau courante. Dites : « C’est fait. Je me libĂšre. »
Rituel des 40 jours :
Pendant 40 jours, chaque matin, prononcez Ă voix haute : « Je choisis de pardonner Ă [nom] pour ce qui s’est passĂ©. Je me libĂšre de la rancĆur. Je reprends mon Ă©nergie. » Ne vĂ©rifiez pas si vous « ressentez » le pardon â faites-le de toute façon. L’acte crĂ©e progressivement l’Ă©tat.
Comment le pardon de soi s’intĂšgre-t-il au processus de guĂ©rison intĂ©rieure ?
Le pardon de soi est souvent plus difficile que le pardon de l’autre. Et il est indispensable.
Pour les choix que vous avez faits en Ă©tant blessĂ©(e) et qui ont blessĂ© d’autres. Pour les annĂ©es oĂč vous avez cru ne pas mĂ©riter mieux. Pour les occasions manquĂ©es. Pour les versions de vous-mĂȘme que vous regardez avec duretĂ©.
Le processus est le mĂȘme : reconnaissance honnĂȘte, traversĂ©e des Ă©motions, comprĂ©hension contextualisĂ©e (vous avez fait du mieux que vous pouviez avec les ressources que vous aviez Ă l’Ă©poque), choix actif de vous libĂ©rer de la honte, intĂ©gration.
La honte est le principal obstacle au pardon de soi. Et la honte se guĂ©rit dans la relation â dans les espaces oĂč l’on peut dire sa vĂ©ritĂ© et ĂȘtre reçu(e) avec bienveillance. C’est une des raisons profondes pour lesquelles l’accompagnement a une valeur que les livres et les pratiques solitaires ne peuvent pas entiĂšrement remplacer.
Questions fréquentes
Faut-il reprendre contact avec la personne pour que le pardon soit complet ?
Absolument pas. Le pardon est un acte intĂ©rieur â il se passe en vous, pour vous, quelle que soit la dĂ©cision que vous prenez concernant la relation avec l’autre. Certains pardons s’accompagnent d’une rĂ©conciliation. D’autres se font dans l’absence totale de contact. Aucun des deux n’est plus ou moins valide.
Est-il possible de pardonner et de rester en colĂšre en mĂȘme temps ?
Oui. Ces Ă©tats peuvent coexister. La colĂšre est une information qui dit que vos limites ont Ă©tĂ© transgressĂ©es â elle est lĂ©gitime et nĂ©cessaire. Le pardon est la dĂ©cision de ne plus porter le poids de la rancĆur. Les deux peuvent ĂȘtre vrais simultanĂ©ment. La guĂ©rison n’est pas la disparition de la colĂšre â c’est la transformation de la colĂšre en sagesse.
Combien de temps faut-il pour pardonner vraiment ?
Il n’y a pas de durĂ©e universelle. Les blessures lĂ©gĂšres peuvent ĂȘtre intĂ©grĂ©es en quelques semaines. Les traumatismes profonds (abus, trahisons majeures, deuils) peuvent nĂ©cessiter des annĂ©es. Et c’est normal. Un accompagnement structurĂ© sur coach-therapeute.fr peut considĂ©rablement accĂ©lĂ©rer et sĂ©curiser ce processus.
Que faire si j’ai l’impression d’avoir pardonnĂ© mais que la douleur revient ?
C’est tout Ă fait normal et ne signifie pas que votre pardon Ă©tait « faux ». Le pardon est en spirale â on traverse les mĂȘmes blessures Ă des niveaux de profondeur croissants. Quand la douleur revient, elle n’annule pas le travail fait. Elle l’approfondit. Accueillez-la avec curiositĂ© plutĂŽt qu’avec dĂ©couragement.
Léa Soléna propose des accompagnements individuels de guérison intérieure et de travail sur le pardon depuis Vichy. Pour en savoir plus, visitez coach-therapeute.fr et of-coaching.fr. Les premiers échanges se font par consultation découverte en visioconférence.